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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 14:33

 

Aujourd'hui nous sommes à la frontière des Pyrénées Orientales et de l'Aude, à 728 m d'altitude, sur un piton rocheux. C'est le

 

Château de Quéribus

 

Un peu d'histoire :

Quéribus, le "Rocher des Buis", est mentionné pour la première fois en 1020. Ses droits de propriété sont partagés entre le Vicomte de Narbonne et le Vicomte de Besalù (en Espagne). Puis, en 1111, le voilà intégré, par mariage, au Royaume d'Aragon, où il joue un rôle prépondérant dans la défense de sa frontière nord.    

Citadelle Cathare

Mais c'est l'époque de la croisade contre les Albigeois (les Cathares).

Quel sera son rôle ?

Il accueille de nombreux chevaliers des Corbières, chassés par la croisade et le pouvoir royal. Le parfait cathare Benoît de Termes vient y finir ses jours entre 1233 et 1241.              

Après la prise du château de Montségur, Quéribus reste la seule place qui accueille les derniers insoumis refusant l'ordre nouveau imposé par l'Eglise et le Roi de France. Cette situation devient vite intolérable à la Couronne, car depuis 1239 le château a été officiellement acheté par Louis IX, dit Saint Louis, au régent d'Aragon.

Onze ans après la chute de Montségur et quinze ans après celle de Peyrepertuse, en 1255, Quéribus est le dernier bastion à tomber aux mains des Croisés (en fait, Chabert de Barbaira est contraint d'abandonner la citadelle au sénéchal de Carcasonne en échange de sa liberté).

Aujourd'hui encore, on ne connaît pas le sort réservé aux hérétiques et aux chevaliers réfugiés dans ces murs

Citadelle Cathare

Après les évènements de la croisade contre les Albigeois, le château devient forteresse Royale, en 1255. Ce changement provoque des réaménagements du bâti.

Retournement de l'Histoire : en 1258, Quéribus devient le fer de lance du royaume de France face à la couronne d'Aragon, et en 1473 le château est assiégé et pris par les troupes du roi d'Aragon.

Il ne perdra son intérêt stratégique qu'en 1659, lors de la signature du traité des Pyrénées, qui fixe la frontière entre la France et l'Espagne à son emplacement actuel.

 

Citadelle Cathare

Fin 18ème, plus de châtelains ni même de capitaines en résidence. La forteresse, à l'abandon, va se dégrader et devenir un repaire de brigands, parmi lesquels "une fille de Vignevieille travestie en homme".

La forteresse tombe dans l'oubli, les paysans des environs viennent y chercher des poutres pour leurs maisons (que la forêt rabougrie des environs ne leur offrent plus), ce qui précipite sa ruine, puis des pierres.

Ce n'est qu'en 1907 qu'elle a été classée Monument Historique.

Citadelle Cathare
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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 08:11

Ce n'est pas un concert pour les oreilles, mais un concert pour les yeux !

Car les Orgues où je vous emmène sont celles d'Ille-sur-Têt. Toujours dans les Pyrénées Orientales, région du Ribéral.

Ici, la nature se fait artiste

Dans la vallée de la Têt, à mi-chemin entre mer et montagne, le site des orgues offre au regard ses étonnantes sculptures naturelles que sont les « cheminées de fées ». C’est un paysage minéral unique aux reliefs colorés. Sa beauté est fragile et éphémère. Il présente aux intempéries des falaises de sables et d’argiles que les pluies ont patiemment ciselées. L’érosion a travaillé comme un artiste, entaillant, incisant, sculptant la matière de balafres ou de stries pour donner à la roche cet aspect écorché, presque lunaire.

Au concert d'Orgues

 

L'aspect des "Orgues" ne se comprend que dans une ambiance climatique où des pluies violentes s'abattent avec brutalité sur des régions pentues. La force érosive des eaux courantes est, par moments, considérable, d'autant que le matériel rocheux est facile à affouiller. L'incision des ravins est donc particulièrement rapide et peut se comparer à un "trait de scie" qui laisse de part et d'autre des versants verticaux. La pluie a peu d'action sur ces derniers, précisément en raison de leur verticalité qui les protège de l'impact des gouttes et du ruissellement. L'érosion agit là où coule l'eau, au fond des ravins. Elle arrache sans difficulté les argiles, les sables et les galets. Parfois, le torrent ronge la base des parois qui s'effondrent par tranches successives selon des fissures prépa­rées par la dessiccation estivale intense. Ici et là, des "chapeaux" de roches plus résistantes - des nappes de galets consolidées ou de gros blocs rocheux - arment des secteurs qui sont alors mieux protégés. Ce sont les "cheminées de fées".  Ailleurs, un réseau de crêtes étroites sinue entre des vallons profondément disséqués.

Au concert d'Orgues

La vitesse d'évolution de telles formes est fantas­tiquement rapide, si on la compare à celle des autres phénomènes géologiques. D'habitude, l'unité de compte du temps de la Terre est la centaine de milliers d'années et plus souvent encore le million d'années. Ici, en quelques centaines d'années, le paysage peut être radicalement trans­formé. D'une pluie importante à l'autre, on observe des différences notables.

Voici 2 vues prises du belvédère au-dessus, l'une au printemps, l'autre en hiver.

Au concert d'Orgues
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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 13:54

Un petit coucou des Pyrénées Orientales ! Région des Aspres.

Je vous invite à visiter le Prieuré de Serrabone, l'un des plus impressionnants édifices de l'art roman catalan.

Situé sur la commune de Boules-d'Amont, dans la vallée du Boulès, au cœur des forêts de chênes verts, Sainte-Marie de Serrabona (Serra bona : la bonne montagne) est une église fondée au Xe ou au XIe siècle dont la première mention apparaît dans un document daté de 1069.
En 1082, une communauté observant la règle de Saint Augustin s'installe, sous le patronage de seigneurs locaux et du vicomte de Conflent, qui lui accordent biens et revenus.
 

 

 

La journée Sera Bonne  !

Les religieux augustins mènent, à l'instar des moines, une vie communautaire mais assurent également le service paroissial. Dans la première moitié du XIIe siècle, à côté de l'église, ils construisent des lieux qui leur sont propres : cloître, salle capitulaire, réfectoire, dortoir... et dotent le prieuré d'une parure sculptée.

Soixante-dix années s'écoulent avant que l'église rurale ne se transforme en prieuré. En 1151 le nouvel édifice est consacré, en présence d'évêques et d'abbés. Un an plus tard, le prieuré et ses biens sont donnés au nouveau diocèse de Solsona, en Catalogne espagnole, qui le conservera jusqu'en 1896. Mais l'église Sainte Marie reste pendant deux siècles la paroisse du petit village de Serrabona.


 

La journée Sera Bonne  !

Durant la révolution française, une curiosité fut à l'origine d'un désaccord entre la France et l'Espagne. En effet, Serrabone était toujours une dépendance de Solsona. Or les révolutionnaires déclarèrent que les biens de l'Eglise faisaient désormais partie du patrimoine de l'Etat. Ainsi furent vendus la majorité des édifices religieux qui n'étaient pas des églises, mais Serrabone fut seulement mis sous séquestre car il n'appartenait par à l'Eglise française. Il fallut attendre le concordat en 1802 pour qu'il soit rendu à Solsona.

On signale que bergers et troupeaux se réfugient occasionnellement dans le cloître ou l'église. En 1819 un effondrement partiel de la nef se produit. C'est alors que Jaubert de Passa, grande figure locale, s'y intéresse. Il fit différentes actions pour élever à nouveau l'édifice.

Remarquée par les archéologues, l'église est visitée par Mérimée en 1834 : elle devient l'un des tout premiers "monuments historiques". A partir de 1836 les premiers travaux de consolidation sont réalisés, complétés au XXe siècle par de nombreuses campagnes de restauration qui vont assurer le sauvetage définitif de l'édifice.

Offert au Département des Pyrénées-Orientales par la famille Jonquères d' Oriola en 1968, le Prieuré de Serrabona est depuis cette date ouvert au public.

 

La journée Sera Bonne  !

Les murs épais de la nef sont construits en schiste local débité en moellons allongés. L'appareillage de la seconde construction est plus élaboré, constitué de gros blocs de schiste taillés et ajustés avec soin. A Serrabona, les sculptures du cloître, du portail, de la fenêtre absidiale et de la tribune sont entièrement ouvragées en marbre rose du Conflent. Elles offrent un contraste étonnant avec le vert - gris du schiste.

 

La journée Sera Bonne  !

La tribune est considérée comme l'exemple le plus remarquable d'un travail de sculpture pour l'époque romane en Pays Catalan. La qualité du matériau utilisé, un marbre du Conflent, contribue à magnifier ce chef d'œuvre non signé réalisé aux alentours de 1150.
Trois arcades surmontées d'une corniche composent la façade. Son aspect ciselé en faible relief s'oppose aux chapiteaux en ronde-bosse.


La façade reprend dans son décor les symboles chrétiens tirés du texte de l'Apocalypse, placés dans les écoinçons des arcs. A l'extrémité, deux anges aux mains ouvertes, leurs ailes couvrant leurs corps. Le lion symbole de Marc est placé à côté de l'aigle de Jean. A l'opposé, le taureau symbole de Luc, avoisine l'homme ailé de Mathieu. Ces quatre représentations entourent l'image du Christ, représenté sous les traits de l'Agneau disposé dans une mandorle. Autour de ce message, un décor végétal varié, de palmettes, de roses à quatre pétales et de rinceaux occupe la surface.

La journée Sera Bonne  !

A l'exception d'un chapiteau mettant en scène Saint Michel terrassant le dragon, la sculpture de Serrabona n'est pas narrative, mais symbolique.

Des lions occupent les angles des chapiteaux, des aigles, des singes et d'autres animaux fantastiques complètent ce bestiaire étonnant.

Certains aspects de ce décor sculpté montrent que les artistes de l'époque romane ont nourri leur inspiration au travers de nombreux échanges culturels avec l'ensemble du pourtour méditerranéen.

La journée Sera Bonne  !

Et voilà.

Cette merveilleuse architecture de marbre, adossée au Canigou, est incontournable pour tous ceux qui viennent visiter les Pyrénées Orientales ...

Une dernière image :

La journée Sera Bonne  !
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 14:26

Lundi 6 juin 2016

On ne pouvait pas passer à Reims, où avait lieu le sacre des rois de France, sans en visiter la Cathédrale Sainte Marie.

Mais à propos, pourquoi les rois étaient-ils sacrés à Reims ?

D'abord parce que le 25 décembre 498, Clovis, roi des Francs, fut baptisé à Reims avec 3000 guerriers francs par l'évêque Rémi (devenu plus tard Saint Rémi).

En référence à cet évènement, les rois de France prirent progressivement le chemin de Reims pour être sacrés par l'archevêque. Ainsi, de 816 à 1825, 34 souverains reçurent en cette ville la grâce de régner en rois très chrétiens.

Dans la civilisation chrétienne de l'époque, tout pouvoir est entre les mains de Dieu, qui en délègue une partie à l'homme. "Le roi est le lieutenant de Jésus-Christ au temporel, comme le sont, au spirituel, le pape et les évêques". Par le sacre, le roi reçoit les grâces nécessaires pour accomplir sa mission : gouverner, c'est servir !

A partir de 1027, tous les rois furent sacrés à Reims, sauf Louis VI et Henri IV. Après la Révolution, seul Charles X y reçut les onctions en 1825.

Alors que l'actuelle cathédrale était encore en construction, en 1226, il y eut le sacre de St Louis, jeune roi de 12 ans.

En 1429, c'est la ténacité de Jeanne d'Arc qui conduisit Charles VII à Reims ...

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

Sur ce montage, vous voyez la cathédrale telle que je l'ai vue, avec son échafaudage au milieu.

Les deux maquettes qui l'accompagnent se trouvent dans le monument. Celle de la façade ouest mesure 2,50 m de haut et 1,50 m de large et a été réalisée vers 1960 par un inconnu. L'autre nous présente la façade nord.

Nous sommes entrés par le portail de droite, où le Christ trône pour juger le monde, assisté des apôtres :

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

Les maître d'œuvre de Notre Dame de Reims, après ceux de Chartres, ont su tirer parti du jeu des contreforts et des arcs boutants pour alléger la structure interne du monument. L'élévation se réduit à 3 niveaux ; grandes arcades et fenêtres hautes, séparées par la galerie du triforium, ont les mêmes proportions.

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

L'architecture gothique est un art de lumière.

Les quelques vitraux d'origine conservés ont des thèmes catéchétiques. Mais les guerres, notamment les bombardements de la guerre de 1914, en ont détruit beaucoup, qui sont remplacés aujourd'hui par ceux d'artistes verriers contemporains.

Sur le montage ci-dessous, le 2ème en haut est le vitrail du champagne, de Jacques Simon, créé en 1954. Il illustre les différentes phases de l'élaboration patiente du vin, dans le style d'autrefois. Tandis que Brigitte Simon (1 et 6) réalise un chemin de lumière en grisailles, dans les mêmes tonalités que les vitraux du 13ème siècle, dans un style tout différent !

En dernière position, ces 3 vitraux de Marc Chagall, avec leur fond bleu rappelant le bleu fabriqué au 13ème siècle. Celui de gauche évoque la longue attente de l'ancien testament, celui du milieu réunit Abraham et le Christ, et celui de droite évoque de grands moments de la vie des rois de France.

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

Et nous sommes ressortis par le portail de gauche, celui des martyrs locaux, à la suite de la Passion du Christ en croix. Ils sont accompagnés d'anges, dont le célèbre "sourire de Reims" (au milieu).

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

Après Reims, montant vers le nord en direction des Ardennes, il nous fallait traverser la Champagne Sèche, une grande plaine céréalière, plate à perte de vue, avant de gagner la vallée de la Meuse à Revin.

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

En descendant la Vallée de la Meuse jusqu'à Givet, dernière ville française, nous avons fait un petit arrêt dans le village médiéval de Hierges, pour une courte promenade église-château. C'est là que j'ai fait la rencontre avec le célèbre sanglier des Ardennes ...

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes

Puis nous avons croisé ce "poste de douanes" avant d'aller passer notre première nuit en Belgique ...

De la Ville du Sacre au sanglier des Ardennes
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 14:01

C'est en revenant de Suisse que la pantoufle est tombée en panne. Elle avait fait son temps ...

En rentrant chez nous, Alain est donc retourné chez le marchand, mais cette fois, il a préféré prendre un Chausson neuf.

Je vous présente cette belle pantoufle, bien chaude, bien équipée, et surtout avec une mécanique fiable au maximum.

Un nouveau chausson pour le Cap Nord

Du point de vue de la taille, c'est le minimum : 6 m avec les vélos. Mais c'est pour nous laisser une plus grande liberté de choix des itinéraires. Nous aimons bien les petites routes.

Car le but du voyage c'est, de nouveau pour moi mais tout nouveau pour Alain, le Cap Nord ! Par les Pays Bas, le Danemark, la Suède, la Norvège bien sûr, et retour par la Norvège.

En attendant, nous sommes le Dimanche 5 Juin 2016, et ce n'est pas facile de traverser le centre de la France avec les inondations, les manifestations, la visite du Président à Romorantin ...

La Loire a été particulièrement difficile à traverser. Il a fallu trouver le bon pont : pas inondé et pas coupé pour travaux. Enfin celui de Châtillon-sur-Loire a fait l'affaire. Tout juste : il était limité à 2,70 m, et nous en mesurons 2,60 m !

Mais nous avons fini par arriver en Champagne.

L'étendue du vignoble nous alors épatés ! Et aussi le nombre de petits producteurs de Vin de Champagne, dans tous les villages du sud de Reims ... qui ne respirent pas vraiment la pauvreté !

Un nouveau chausson pour le Cap Nord
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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 11:05

Sur les 7 calvaires monumentaux de Bretagne, je n'en ai côtoyé que 2 : celui de Plougastel-Daoulas et celui de St Thégonnec.

Véritable livre de pierre, le calvaire représente différents épisodes de la vie du Christ et de ses apôtres, et peut compter jusqu'à 200 personnages ! Il jouait un rôle pédagogique auprès de populations qui n'avaient pas accès à la lecture. Il n'est pas rare d'y trouver également des allusions à des légendes où le diable est souvent présent.

Le calvaire de Plougastel-Daoulas est aujourd'hui l'ultime vestige d'un enclos paroissial qui fut détruit par les bombardements américains en août 1944. Son édification, au début du 17ème siècle, est liée à l'épidémie de peste qui décima près d'un tiers de la population de la presqu'île, en 1598.

La légende précise que ce monument est le résultat d'un vœu prononcé par le seigneur de Kereraod qui promit d'établir un somptueux calvaire s'il était la dernière victime de la terrible maladie. Quoiqu'il en soit, l'ouvrage sortit de terre entre 1602 et 1604.

Mais ce qui n'est pas une légende, c'est que la restauration du calvaire, endommagé par le bombardement, est due à un officier américain, John D. Skilton, présent lors de l'évènement et conservateur, dans le civil, du Musée de Washington. Il mit à l'abri les statues cassées et les éclats de pierre, et créa dans son pays une fondation qui collecta les fonds nécessaires à la restauration du calvaire. Il est fait citoyen d'honneur de Plougastel-Daoulas en 1950.

Sur une imposante base en granite jaune, les 182 statues en pierre bleue (les plus grandes mesurent 1 mètre et pèsent de 100 à 200 kg) illustrent en 28 tableaux les scènes de la vie du Christ ou des scènes légendaires. Un escalier de 14 marches permet d'accéder à la plate-forme centrale où s'installait autrefois le prédicateur.

Comme pour les autres calvaires, il faut lire les scènes dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, en commençant par l'Annonciation, et faire sept fois le tour du calvaire en suivant les étapes de la vie de Jésus.

La croix la plus haute mesure 10 mètres.

Quels Calvaires !

Le calvaire de Saint Thégonnec, recentré sur une Passion très expressive, est le dernier (1610) des grands enclos paroissiaux, et peut se présenter comme un bouquet final !

Mais d'où venait l'argent nécessaire pour ces magnifiques réalisations ?

De la culture et du tissage du lin et du chanvre. A St Thégonnec, en plus de l'usage domestique et agricole présent dans toute la Bretagne, se tissaient les voiles des navires du Roi de France, qui étaient expédiées par le port de Morlaix, tout proche. Du 15ème au 18ème siècle, la commune de St Thégonnec s'est ainsi enrichie, donnant naissance à une véritable caste paysanne. C'était la paroisse la plus riche du Léon, et cette prospérité s'est prolongée plus longtemps qu'ailleurs. Cela explique que le paroissiens aient pu, durant 6 générations, embellir, agrandir, rehausser leur église pour la mettre, tout simplement, au goût du jour. Il suffit de voir qu'elle a 2 clochers : quand la flèche gothique a été démodée, au début du 17ème, les paroissiens ont construit une grande tour avec un dôme Renaissance.

Quels Calvaires !

Selon la légende, vers le 6ème siècle, St Thégonnec, originaire du Pays de Galles, aurait apprivoisé un cerf attelé à sa charrette pour convoyer des pierres servant à l'édification de la première église. Un jour, un loup dévore le cerf. Le Saint dressa alors le loup, le persuadant de tirer la charrette à la place du cerf.

Saint Thégonnec est donc toujours représenté en saint bâtisseur, avec à ses pieds un loup ou un cerf tirant une charrette. Il est invoqué pour la préservation des récoltes, la guérison des fièvres et des morsures de vipères. La statue au-dessus de l'entrée principale de l'église représente cette légende, ainsi qu'une autre, dans une petite niche du soubassement du calvaire.

Ce calvaire n'est pas aussi imposant que celui de Plougastel-Daoulas, mais il n'en demeure pas moins remarquable par la qualité des scènes de la Passion et de la Résurrection du Christ, ou du Christ aux outrages, représentant un bourreau sous les traits d'Henri IV, dit-on ...

La plate-forme centrale comporte une quarantaine de personnages, illustrant 9 scènes de la Passion. Elle est surmontée d'une croix à 2 traverses portant une dizaine de personnages, dont il faut souligner le subtil et savant jeu d'équilibre qui est mis ici en œuvre pour assurer la stabilité de l'ensemble au-delà des siècles.

Quels Calvaires !
Quels Calvaires !

Mais bien sûr, je ne me suis pas arrêtée à l'extérieur.

Pour l'intérieur, il faut savoir qu'elle a été victime d'un terrible incendie accidentel en juin 1998. Cependant la restauration lui a rendu sa splendeur baroque.

Quels Calvaires !
Quels Calvaires !

Il reste un trésor, que je n'ai pas pu voir, pour cause de morte saison, mais que je me promets de voir à mon prochain voyage en Bretagne (si, si, je compte bien y revenir, il y a tant à voir !). Il se trouve dans l'ossuaire. C'est une mise au tombeau composée de 10 personnages en bois, grandeur nature, datée de 1702. Je vous laisse l'admirer sur cette photo, empruntée à internet, et je vous dis :

Bonnes Fêtes de fin d'année, et à l'année prochaine pour d'autres découvertes ...

Quels Calvaires !
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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 19:03

Entre les deux mâchoires (Pointe du Raz et Pointe Saint Mathieu), la Presqu'île de Crozon apparaît comme une langue trifide.

Mais avant d'aller "marcher sur les pointes", il faut passer le pont. Et quel pont !

Depuis toujours, pour les habitants de la Presqu'île de Crozon, pas moyen d'échapper à la traversée de l'Aulne s'ils veulent rallier Brest ou le Faou. A moins d'effectuer un détour de près de 30 km, en remontant la rivière ... Sur l'Aulne, c'est un bac, devenu à vapeur, qui pendant plusieurs siècles a permis le passage.

Premier pont suspendu en 1925, détruit en 1944.

Deuxième pont en 1952, mais atteint du "cancer du béton", il a fallu le démolir.

Celui-ci est ouvert depuis 2011.

Le Pont de Térénez est le premier pont courbe à haubans de France. Il allie élégance et performance, avec ses 515 m de portée, et ses pylônes de 99 m. Il détient le record du monde de portance en courbe et sans support. Et il a été récompensé en 2013 et en 2014, par le prix du plus bel ouvrage d'art ...

J'ai ajouté quelques photos d'internet, bien sûr. Vous devinez lesquelles ?

Une langue triplement pointue

Peu après le pont, nous voici à Argol.

Et là je découvre, pour la première fois, ce qu'est un Enclos Paroissial. Vous voulez savoir ?

C'est une des originalités du Finistère, un ensemble architectural unique en France. Il est composé d'une église, d'un mur d'enceinte (d'où son nom d'enclos), d'un portail monumental, ou arc de triomphe, d'un calvaire et d'un ossuaire.

Les plus beaux enclos paroissiaux sont apparus aux 16ème et 17ème siècles, à "l'âge d'or" de la Bretagne. La compétition entre les communes pour la réalisation du plus el ensemble architectural a mobilisé de nombreux artistes et artisans qui ont marqué la pierre, le bois, le verre de leur empreinte.

L'enclos remplissait une fonction religieuse, mais aussi une fonction sociale par l'accueil des Conseils d'élus, préfiguration des futurs Conseils municipaux.

Le mur d'enceinte délimite le passage de l'espace profane à l'espace sacré. Du royame des vivants au royaume des morts. Le caractère symbolique de ce passage est souvent marqué par une porte triomphale.

L'ossuaire recevait les ossements exhumés de l'église, et permettait de réguler l'évolution des cimetières situés dans l'enceinte.

L'église : sa monumentalité traduit les défis relevés par les communes dans leur recherche de la plus belle réalisation.

Le calvaire : je vous en parlerai plus tard, car ici, il est très discret. C'est surtout l'arc de triomphe du portail, daté de 1659 qui attire l'attention. L'ossuaire, de 1655, est extrêmement pur de lignes ...

Une langue triplement pointue

Avez-vous remarqué, sur l'arc de triomphe, la statue équestre ?

Ce serait le Roi Gradlon. Car nous sommes tout près de la Baie de Douarnenez où reposerait, au fond des flots, la ville d'Ys ....

Vous connaissez la légende de la Ville d'Ys ?

C'est la plus connue des légendes maritimes de Bretagne et même de France.

Elle vient "du fond des âges", et en même temps, elle est très récente, car évolutive ! Elle change au gré des écrivains qui lui rajoutent des personnages, des épisodes, une morale chrétienne ou païenne ... La version la plus commune actuellement ne date que de 1926, alors que la plus ancienne est de la fin du 15ème siècle. Laquelle je vous sers ?

Allez, la plus récente. Vous pouvez la lire en cliquant sur la bande blanche :

Devant l'enclos paroissial d'Argol, un sculpteur (Patrig Ar Goarnig) a immortalisé le cheval Morvac'h, le cheval magique qui galope sur la crête des vagues. Très habilement, d'un côté on voit Gradlon, protégeant St Corentin (sous la forme d'une flèche de la cathédrale qu'il tient dans son bras, avec le trésor de la ville engloutie) de l'autre on voit Malgven, fuyant avec son bébé dans les bras ... à moins que ce ne soit Dahut avec son fils ... mais alors, c'est une autre histoire ...

Une langue triplement pointue

Vous avez vu la carte ? (dans l'article : "Au Pays des Abers") En face de Brest, de l'autre côté du Goulet, s'avance la Pointe des Espagnols.

Que viennent-ils faire ici ? Un peu d'histoire :

"Au printemps 1594, les Espagnols alliés de la Ligue (parti catholique opposé à Henri IV, protestant, lui-même allié aux Anglais) débarquent de 12 vaisseaux à Camaret ... et construisent un fort triangulaire au sommet de la pointe.... Le 15 octobre 1594, une armée composée de 3000 Français, 2000 Anglais, 300 arquebusiers à cheval et 400 gentilshommes vient bloquer et attaquer le fort tenu par 400 Espagnols munis de canons.... Le siège est très dur ... et ce n'est que le 18 novembre que l'assaut final submerge le fort ; tous les Espagnols sont tués sauf 13 ... le fort est rasé. Depuis cette date, la pointe prend le nom de Pointe des Espagnols."

Il faut bien dire que, du haut de ses 65 m, la Pointe des Espagnols joue un rôle éminemment stratégique dans la défense de Brest. Mais c'est à la fin du 17ème siècle que le site prend toute son importance : en 1695, Vauban y fait édifier une puissante batterie basse.

En 1749, pour la protéger d'une attaque à revers par la terre, on construit une enceinte défensive. Puis une tour en 1812, sous Napoléon 1er. Sans cesse améliorée jusqu'en 1888, elle finira par avoir 19 puissants canons, plus une batterie sous roc avec 2 canons (dite "de rupture") au ras de l'eau, sous celle de Vauban.

Pendant la guerre de 39-45, les Allemands y installent une batterie de DCA.

Enfin, ce site a été remilitarisé à la suite des évènements du 11 septembre 2001, ce qui montre que la Pointe des Espagnols joue encore aujourd'hui un rôle stratégique important.

Une langue triplement pointue

Vauban s'est aussi occupé de fortifier Camaret-sur-Mer.

Ce port naturel, à l'extrême bout de la terre, protégé par son Sillon (digue naturelle formée d'alluvions) véritable gardien des côtes et du Goulet de Brest, eut au long des siècles une place prépondérante pour la défense de la Bretagne. Plusieurs débarquements anglais y furent repoussés aux 15ème et 16ème siècles.

Le système de défense de Camaret imaginé par Vauban repose sur des batteries sur les pointes avoisinantes, et sur sa Tour Vauban, dite aussi Tour Dorée, à cause de sa couleur. Isolée par une douve, elle doit servir en même temps d'observatoire, de magasin à poudre, et de logement de la garnison.

Au bout du sillon (maintenant maçonné en digue) se trouve aussi la Chapelle Notre-Dame de Rocamadour, qui date de 1183. Ce nom serait la déformation de Notre-Dame du Roc. Le Rocher sur laquelle elle est érigée était en effet, jusqu'au travaux de Vauban au 17ème, isolé de la terre à chaque marée haute. Elle est célèbre pour les maquettes de bateaux qui y sont déposées en signe d'ex-voto. Mais à cette saison, elle est fermée et je n'ai pas pu entrer.

Elle voisine avec un cimetière de bateaux en bois. Vison romantique ?

Mais j'aime bien les maisons multicolores alignées sur le port.

Une langue triplement pointue

Une version moderne des alignements de menhirs ?

Une langue triplement pointue

A propos de menhirs, près de Camaret se trouvent les alignements de Lagatjar.

Ils ont un signe particulier : ni en lignes ni en rond, mais en équerre.

84 monolithes. Deux lignes de menhirs se détachent en angle droit d'un alignement principal long de 200 mètres, mais qui atteignaient auparavant 600 m. Il suit un alignement de 35° par rapport à la direction du lever du soleil au solstice d'hiver. Conclusion : les menhirs auraient eu une fonction astronomique. D'accord ?

Une langue triplement pointue

Et nous continuons notre tour de la Presqu'île de Crozon, qui nous mène à la Pointe de Pen-hir, célèbre pour les "Tas de Pois" qui la prolongent en mer. Ces passages rocheux, témoins de bien des naufrages, étaient redoutés des voiliers faisant route vers Camaret.

De là, par temps clair, on peut voir la pointe du Raz et la Pointe Saint Mathieu, ainsi que les îles de Sein, d'Ouessant et Molène.

A la Libération, c'est ce promontoire qui a été choisi pour y ériger une immense croix de Lorraine en granite, dédiée aux Bretons de la France libre, inaugurée en 1951 par le Général De Gaulle.

On y trouve ces mots : "La France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre ..." Et au dos, la reprise de la devise bretonne : "Plutôt la mort que la souillure". A cette devise répond, en hommage à ceux qui prirent la mer pour défendre la liberté , le vers de Baudelaire : "Homme libre, toujours tu chériras la mer ".

Une langue triplement pointue

Il reste la troisième pointe de la presqu'île. Celle-ci s'appelle un cap, allez savoir pourquoi ...

C'est donc le Cap de la Chèvre, qui abrite lui aussi un mémorial : "A la mémoire des marins morts en service aérien commandé pour que vive l'aéronautique navale". Il a été construit dans un des 4 encuvements de l'ancienne batterie côtière.

Le sémaphore de la Marine Nationale assure la surveillance maritime et aérienne de la Baie de Douarnenez, l'une des meilleures zones de mouillage pour les navires de commerces cherchant un refuge entre la Manche et le Golfe de Gascogne.

Sur la haute falaise (100 mètres !), les ajoncs recommencent à fleurir en cette saison, mettant une note de gaité dans cette lande rase où ils voisinent avec les bruyères.

Une langue triplement pointue

Avant de quitter la Presqu'île de Crozon, il me fallait bien la photo d'un dolmen.

Voilà celui de Pen Ar Run, à Telgruc-sur-Mer. L'épaisseur de la table est d'au moins 60 cm. Et elle repose seulement sur trois points d'appui de quelques centimètres carrés !

Une langue triplement pointue
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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 23:07

Aujourd'hui, peu de voiture et beaucoup de marche : de la pointe Saint Mathieu à la plage du Perzel, il y a 8 km. Plus le retour. De quoi apprécier le Sentier Côtier, qui est aussi le GR 34, qui mène "tout droit" à Compostelle.

Des falaises abruptes balayées par les vents et la mer, un phare imposant qui veille sur les ruines d'une ancienne abbaye ... le charme opère ! Ça semble un concentré de Bretagne !

Sémaphore, abbatiale, phare de la Pointe Saint Mattieu

Sémaphore, abbatiale, phare de la Pointe Saint Mattieu

La légende raconte, que, ramenant le corps de l'apôtre Mathieu, des marchands auraient été miraculeusement sauvés du naufrage au large de cette Pointe. Donc, au 6ème siècle, pour abriter les reliques du saint, Tanguy y fonde le premier monastère.

Les constructions et agrandissements du 11ème au 15ème aboutissent à ce vaste édifice près duquel s'élevaient les bâtiments conventuels des moines bénédictins.

Maintes fois endommagé par les attaques anglaises au cours de la guerre de 100 ans (13 et 14èmes siècles), le monastère est à peu près ruiné en 1558 par les Anglais et Hollandais réunis, qui ravagèrent le pays.

Qu'à cela ne tienne ! Il est reconstruit en 1656 par la Congrégation de Saint Maur.

.... mais voilà la Révolution. Il est vendu en 1796 comme bien national, et sert alors de carrière de pierres !

Ce n'est qu'en 1867 qu'il est classé comme Monument Historique.

St Mathieu, la mâchoire supérieure

Et comme nous ne sommes pas montés en haut du phare (163 marches), voici une vue d'avion de la Pointe, récupérée sur internet.

La Pointe St Mathieu

La Pointe St Mathieu

Entre ajoncs inextricables, bruyères et spectaculaires falaises, ce sont 2 heures de montées et descentes avec le bruit de la mer, le soleil (dans l'œil, ce qui fait de beaux contre-jours ou bien des photos loupées) et le vent.

St Mathieu, la mâchoire supérieure

Comme nous approchons du but, voici le Fort de Bertheaume, bâti sur l'île du même nom.

C'est un site occupé depuis la protohistoire, tout à fait propice pour garder le Goulet de Brest. Il est mentionné comme mouillage stratégique, dès 1397. Son château est cependant pris et brûlé en 1558 par la flotte Anglo-Flamande. C'est Vauban qui y reconstruira un fort à sa façon, et y mettra de l'artillerie pour protéger le mouillage. Ce n'est qu'à partir de 1870 que l'armement nouveau rend désuètes les installations de l'île.

En 1915, le fort devient une base d'observation avec des ballons captifs, et il reçoit une batterie allemande durant la dernière guerre.

Mais sa carrière n'est pas finie ! Il est maintenant occupé par l'association Bertheaume Iroise Aventure, qui propose des parcours iodés en rochers (via ferrata) et tyroliennes au-dessus de la mer d'Iroise. Impressionnante la vidéo ! et aussi des courses au trésor, style piraterie ou chevalerie ... De quoi passer de bons moment avec un peu d'adrénaline.

Le Fort de Bertheaume

Le Fort de Bertheaume

Après le pique-nique sur la plage (où personne n'avait envie de se baigner) nous avons pu admirer le paysage dans l'autre sens : c'est tout aussi beau !

Et comme on est en Bretagne, les premières gouttes de pluie sont tombées comme nous arrivions au parking !

Plage du Perzel (ou de Bertheaume)

Plage du Perzel (ou de Bertheaume)

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:51

Aujourd'hui, grande excursion vers une des mâchoires de la tenaille : celle du bas, au bout du

Cap Sizun (réserve ornithologique), qui est l'extrémité occidentale de la Cornouaille, et se termine par la pointe du Raz, labellisée Grand Site de France. Donc, incontournable !

Depuis Lanildut, la route passe tout naturellement par Locronan.

Petite cité de caractère, classée au titre des Monuments Historiques et Plus Beau Village de France, Locronan est aussi un décor de cinéma !

De par l'architecture remarquable de ses maisons, du 15ème au 18ème siècle, Locronan ne peut qu'attirer les cinéastes ! Une trentaine de films et courts métrages y ont été tournés, dont Tess, Chouans, Un long dimanche de fiançailles ...

Le tournage de Tess a laissé un souvenir mitigé aux habitants : la place et les rues adjacentes avaient été recouverts d'une couche de boue de 20 cm !

Direction : Pointe du Raz

Un peu de toponymie :

Pour nous distraire en voiture, notre hôte et guide Breton nous a gratifiés de quelques repères linguistiques concernant les noms des villages du terroir. La première syllabe de leur nom évoque leur importance historique. S'ils commencent par :

Ker , c'était un simple village

Ti : une maison

Tré : une annexe de paroisse, où peut-être n'officiait qu'un vicaire

Loc : ce lieu était consacré, un prieuré avec un ermitage

Lau : également consacré, mais le prieuré était plutôt une abbaye

J'espère que j'ai bien tout retenu et que je ne vous dis pas de bêtise ...

En tout cas, je ne baragouine pas le breton.

Mais c'est en Bretagne que l'on trouve l'origine de ce verbe : baragouiner (définition : proférer des paroles inintelligibles)

Il est né dans les tranchées, pendant le guerre de 14-18. Car les poilus Bretons ne parlaient pas français. Ils n'étaient pas exigeants, mais ils réclamaient toujours "bara" et "gouine". Ce qui a donné : ils baragouinent ... ils voulaient simplement du pain et du vin !

Direction : Pointe du Raz

Ainsi, Locronan est Loc-Ronan, soit le lieu de l'ermitage de Saint Ronan.

D'après la tradition populaire, Saint Ronan serait un évêque venu d'Irlande au 5ème siècle. Lorsqu'il arrive dans la forêt de Nevet, haut lieu de culte celtique, il se trouve en proie à la haine et à la hargne d'une femme, la Keben ...

La légende de Ronan est riche en couleur, et fait référence à la lutte entre la nouvelle religion chrétienne qui s'impose à la religion plus ancienne. Dans l'église du Prieuré se trouve la chaire à prêcher réalisée en 1707, remarquable par les médaillons qui font le récit de la vie de Ronan sous la forme d'une bande dessinée.

Direction : Pointe du Raz

La légende de ce saint est importante, à Locronan. Le choix de la Chaire pour la représenter n'est pas anodin : c'est le lieu de la parole.

Pour découvrir sa vie mouvementée, vous pouvez cliquer sur la bande blanche :

A Locronan perdure la tradition de la Grande Troménie.

C'est une procession giratoire de 12 kilomètres qui a lieu tous les 6 ans. Les autres années, on fait la petite Troménie (6 km). La prochaine Grande Troménie sera le 14 juillet 2019.

Saint Ronan faisait la Troménie chaque semaine, pieds nus et à jeun. Alors malheur à celui qui ne suit pas l'exemple de l'anachorète. S'il ne fait pas la Troménie de son vivant, il sera obligé de la faire après sa mort en avançant tous les ans de la longueur de son cercueil. Avis aux amateurs !

D'évidence, cette procession est d'origine celtique. Autrefois, des pierres sacrées en jalonnaient le chemin. Une seule a survécu. Le parcours est jalonné de 21 croix, et 42 petites huttes de branchages sont construites et recouvertes de draps blancs pour abriter les statues des saints que l'on sort pour l'occasion. Les pèlerins revêtent leurs riches costumes traditionnels, ils portent les bannières brodées, les croix d'or et d'argent, la cloche et les reliques de Saint Ronan.

Quelques unes des statues et bannières de la Grande Troménie sont exposées dans l'église, avec le reliquaire :

Direction : Pointe du Raz

Des photos d'internet pour se mettre dans l'ambiance ?

Direction : Pointe du Raz

Puis nous avons repris la route, vers l'ouest. Douarnenez, d'abord, avec une belle vue du pont ... puis nous arrivons sur le Cap Sizun, et nous suivons la côte au plus près. Mais seul le Sentier Côtier (GR 34) la longe vraiment. La route ne permet de s'en approcher que de temps en temps.

La côte est très découpée, et les pointes se succèdent. Nous optons d'abord pour la Pointe du Millier.

Direction : Pointe du Raz

Un charmant village, Beuzec-Cap-Sizun, nous offre, à côté de sa si belle église Saint Budoc (?) des 16 et 17èmes siècles, une épicerie où s'acheter de quoi pique-niquer.

Direction : Pointe du Raz

Encore deux arrêts pour contempler la Mer d'Iroise au pied des rochers déchiquetés.

Au second, la route très étroite descend jusqu'à un mini port, auquel on accède aussi à pied par un escalier. C'est à la Pointe de Brézellec.

Direction : Pointe du Raz

Et enfin notre but : la Pointe du Raz, avec au fond, le célèbre Phare de la Vieille.

L'inscription sur les rochers est illisible. Quelque Breton qui me lit pourra-t-il me renseigner ?

Direction : Pointe du Raz

Au retour, petit arrêt sur le port d'Audierne, pour contempler les petits bateaux de pêche locaux, les "ligneurs" (notre guide est un passionné de cette pêche). Une pêche dangereuse pour un poisson sauvage recherché : le bar.

Avec cette vidéo, un peu longue mais très complète, c'est comme si vous y étiez ... mais sans se mouiller. En restant dans votre fauteuil !

Direction : Pointe du Raz
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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 07:34

Re-Bonjour !

Je viens de faire un court séjour dans un petit coin du Finistère, et j'y ai fait plein de découvertes. Ça change tellement de mes Pyrénées !

Commençons par les "abers". Qu'est-ce que c'est ?

Vite, Wikipédia !

"Un aber (mot celtique signifiant estuaire) est une baie formée par la partie inférieure de la vallée d'un fleuve côtier, envahie (en partie ou en totalité, selon la marée) par la mer."

Une sorte de fjord dans un pays plat ou presque. A marée basse, il n'y a que l'eau douce du fleuve, à marée haute la mer peut remonter très loin à l'intérieur des terres. Pratique pour y accueillir de petits ports.

Notre hébergement était situé entre l'Aber Ildut et l'Aber Benoît. En rouge sur la carte, qui comporte aussi les principaux lieux que j'évoquerai plus loin.

Au Pays des Abers

Au bord de l'Aber Benoît, la marée a découvert des parcs à huîtres. Et c'est un peu plus loin, en face de Saint Pabu, que nous irons nous approvisionner en fruits de mer.

Au Pays des Abers

Tant de paysages grandioses et de sites magnifiques ont forcément inspiré de nombreux contes populaires. D'ailleurs, le Pays des Abers se nomme aussi "La côte des Légendes".

En voici une attachée à Saint Pabu :

Jeanne, plantureuse cavalière, habitait une ferme sur l'île Garo, la première au large de l'Aber Benoît. Un matin de basse-mer, elle vint chercher son pain à St Pabu. Flâna-t-elle un peu en route ? Le temps presse pour le retour. Au lieu d'attendre le bateau, elle décide de tenter la traversée pendant que la mer est encore basse. Elle s'accroche d'une main à la crinière de sa solide jument blanche, de l'autre elle maintient sur sa tête son énorme pain de 12 livres, et s'engage dans l'eau à la pointe de Béniguet.

La bête et son fardeau arrivèrent à bon port à Garo, mais il fallut couper la crinière du cheval pour libérer la main de Jeanne où les crins avaient pénétré.

 

Et n'y a-t-il pas assez de mystère pour en inventer une sur cette charmante Vallée des Moulins, dont la rivière, le Garo, justement, se jette dans l'Aber Benoît ?

Au Pays des Abers

Justement, une autre source de légendes, ce sont ces mystérieuses pierres dressées, les menhirs. Peu importe que leur origine ne soit pas clairement connue. L'imagination populaire s'est chargée de leur fabriquer une histoire.

Ici, à Plouguin, le menhir de Lannoulouarn mesure 6,50 m hors sol, avec un périmètre de 8,80 m. Jusqu'en 1887, ils étaient 5 à se dresser sur la crête surplombant l'Aber Benoît. Il en est le seul rescapé. Il atteste de la présence d'une population ayant vécu il y a 3 millénaires avant notre ère.

Au Pays des Abers

A Plourin, un peu plus loin, le menhir de Kergadiou est encore plus haut : 8,75 m hors sol. Il est le second plus haut de Bretagne. La différence avec tous les menhirs que j'ai rencontrés dans le sud de la France, c'est qu'il n'est pas en pierre brute. Il n'est pas poli, mais presque !

Et voici sa légende :

Une dame venant d'Armor l'aurait volé à une vieille sorcière des îles britaniques. Celle-ci, furieuse, voulu le pulvériser en lançant dessus une autre pierre, à sa disposition. Mais elle rata sa cible de quelques 75 mètres. La pierre qui s'est fichée en terre auprès du menhir dressé mesure, elle, 11 mètres de long. Je vous laisse imaginer le poids du projectile (en granite !). Je vous laisse aussi imaginer comment nos ancêtres avaient pu l'amener sur cette colline haute de 63 m, sachant que la plus proche carrière de granite est à 4 kilomètres à vol d'oiseau ...

Au Pays des Abers

Et pour finir cette page, la voici cette côte des légendes, avec ses maisons de marins typiques, aux portes basses et aux murs épais, avec une cheminée à chaque bout.

Photos prises face à l'île de Melon, que l'on ne peut découvrir à pied que lors des grandes marées, et qui, malgré tout, comporte menhir et dolmen ...

Au Pays des Abers
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  • : passer du rêve à la réalité. J'ai commencé par 5 mois de voyage en solitaire, en Trafic aménagé, au hasard des routes d'Europe du Nord (pour mon premier voyage) puis d'Europe Centrale, et maintenant sur des itinéraires peu fréquentés d'Espagne.
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