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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 23:00

Le 82 ?

 

Oui, le Tarn-et-Garonne, si vous préfèrez.

Préfecture Montauban.

Mais ce n'est pas cette ville que j'ai visitée.

 

Je vous emmène à Moissac, au bord du Tarn et pas très loin de sa confluence avec la Garonne.

Il est franchi ici par un célèbre pont, décidé par Napoléon 1er et terminé sous Napoléon III. Héritier d'un ouvrage médiéval, si ce n'est romain.

Son nom ?

Le Pont Napoléon, bien sûr !

 

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Construit un peu plus tard, mais lui ressemblant comme un frère, Moissac possède un autre pont. Pas pour les voitures, celui-là, mais pour les bateaux. C'est le Pont-Canal de Cacor, qui permet le franchissement du Tarn par le Canal Latéral à la Garonne (qui prolonge le Canal du Midi. Ils forment à eux deux le Canal des Deux Mers, unissant l'Atlantique et la Méditerranée, CQFD).

 

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Mais ce que vous attendez, j'en suis sûre, c'est la visite de l'Abbaye Saint Pierre !

Inscrite au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'Unesco, c'est un des plus beaux ensembles architecturaux français, avec d'étonnantes sculptures romanes !

 

Une histoire mouvementée !

 

Selon les bénédictins moissagais, soucieux du prestige de leur abbaye, celle-ci aurait été fondée par Clovis lui-même, en 506, au lendemain d'une victoire remportée ici sur les Wisigoths.

Le roi franc, ayant fait le vœu d'ériger un monastère s'il triomphait, lança du haut de la colline son javelot pour marquer l'endroit précis où s'élèverait "l'abbaye aux mille moines", en mémoire de ses mille guerriers morts au combat. Or le javelot vint se planter au milieu d'un marais, ce qui nécessita des constructions sur pilotis.

 

En réalité, à Moissac, on a pu trouver des traces d'occupation romaine : colonnes classiques, monnaies, tessons, mais le couvent est considéré comme remontant au milieu du 7ème siècle (entre 628 et 648).

Bénéficiant de la protection royale de Louis le Pieux, alors roi d'Aquitaine, puis de celle des Comtes de Toulouse, elle n'en était pas moins vulnérable aux invasions.

Ainsi fut-elle saccagée 2 fois par les arabes d'al-Andalus (quand ils sont montés, triomphnats, vers Poitiers, et quand ils sont redescendus, vaincus !), au 8ème siècle.

Au 9ème ce furent les pirates normands qui remontaient la Garonne, puis au 10ème ce furent des Hongrois !

Au 11ème, entre l'écroulement d'un toit, un incendie et la discipline relâchée des moines qui l'occupaient, on la considère comme "un repaire de voleurs " !

 

Mais Zorro est arrivé !  sous le nom de l'Abbé Dom Durand de Bredon, nommé à sa tête en 1047.

Elle est alors affiliée à l'ordre de Cluny.

L'abbé fait construire une nouvelle église, remet de l'ordre, et débute alors l'âge d'or du monastère. Placé idéalement sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, il étend ses possessions dans tout le Midi languedocien, et même en Espagne. Le cloître est achevé en 1100 !

 

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Mes photos ne sont pas des plus réussies. Dehors, il pleuvait.

Mais vous en trouverez de parfaites sur internet.

 

Le cloître possède 76 châpiteaux de calcaire blanc, dont 36 sont décoratifs : motifs floraux ou animaux.

Les 40 autres sont historiés, c'est à dire qu'ils racontent des scènes inspirées de la Bible ou de la vie de l'église catholique (vie de saints)

Au centre et aux angles de chaque côté, des piliers rectangulaires sont couverts de marbre blanc sculptés avec une grande finesse.

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Le 12ème siècle est le plus prospère de l'abbaye. Tandis qu'il étend encore ses propriétés, le bienheureux Roger fait construire une nouvelle église à coupole, et c'est sûrement à lui que l'on doit la tour-porche et le portail avec son célèbre tympan (1135).

 

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Le tympan (photo centrale) représente l'apparition du Christ à la fin du monde. Il est entouré par des chérubins, les symboles des 4 évangélistes, et les 24 viellards de l'Apocalypse, tenant des coupes remplies de parfum ou des cithares. Chacun penche la tête selon un angle différent en fonction de sa position.

Ce tympan mesure 6,50 mètres en largeur, et 4,50 mètres en hauteur. Le Christ seul mesure 2,40 mètres.

 

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Sur la photo de gauche, un détail du trumeau en marbre blanc : des lions entrelacés en façade, et Jérémie (à moins que ce ne soit St Paul ?) sur le côté.

Sur celle de droite, l'Annonciation faite à Marie en bas, et les rois mages en haut.

En haut, au milieu :présentation au Temple et fuite en Egypte.

En bas, détail d'un piedroit en marbre blanc, que j'ai couché pour la disposition.

 

Pour plus de détails, vous pouvez cliquer ici : link

 

Les moines de Moissac sont plus des bâtisseurs que des copistes. Pourtant un grand nombre travaillent dans le scriptorium et ont laissé de magnifiques manuscrits. Mais en 1678, Colbert, ministre de Louis XIV, a fait racheter les manuscrits de la bibliothèque de l'abbaye. Il sont maintenant à la Bibliothèque Nationale, à Paris.Certains sont des 11ème et 12ème siècles !

 

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Et la malchance revient :

Au 13ème siècle, la Croisade des Albigeois ravage les terres abbatiales, mais à la fin du siècle, on peu relever les ruines, ce qui explique dans le cloître, les arcs en briques gothiques, typiques de l'époque, qui ont donc été construits 2 siècles après les chapiteaux.

 

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Mais voilà la Guerre de Cent Ans. Aux exactions des Grandes Compagnies s'ajoutent une épidémie de peste, et les Anglais qui essaient de prendre la ville.

A la fin du 15ème et au commencement du 16ème, la tourmente passée, il faut recconstruire. C'est de cette époque que date la partie gothique de l'abbaye, le haut de nombreux murs, les voûtes.

En 1626, elle est sécularisée, ce qui marque en grande partie son abandon.

A la Révolution, en 1790, elle est transformée en fabrique de salpêtre et les figures des chapiteaux du cloître sont mutilées. Les mobiliers, vitraux, ornements et trésor sont saccagés et livrés au pillage pendant une émeute.

Sous le 1er Empire, une garnison y stationne, ce qui ruine les pavements et les sculptures.

 

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Ce à quoi ni les exactions des soldats ni celles des émeutiers n'aboultirent, les ingénieurs du chemin de fer faillirent bien en porter la terrible responsabilité : le cloître, qui se situait sur le tracé prévu de la ligne Bordeaux-Sète, devait être démoli !

De multiples protestations permirent de le sauver in extremis, d'où la courbe dessinée ici par le rail, pour l'éviter. Cependant, le grand réfectoire et les cuisines des moines, au nord, furent sacrifiés.

L'évennement eut le mérite d'alerter la toute jeune administration des Monuments Historiques, qui, sous la direction de l'architecte Viollet-le-Duc, entreprit les premiers travaux de sauvegarde.

 

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Il vous reste à visiter (mais ce n'est pas peu de choses !) l'église de l'abbaye, c'est à dire l'Abbatiale Saint Pierre.

 

Vous avez vu le tympan du portail sud.

On passe donc dessous pour entrer dand le Nartex.

 

Le nartex était la seule partie de l'église dans laquelle pouvaient entrer ceux qui n'étaient pas encore baptisés.

C'est là que s'abritaient les mendiants, les prostituées, les petits marchands. C'est de là que catéchumènes et pénitents suivaient l'office.

Ce n'était pas toujours un lieu bien calme !

Très dépouillé, sous sa belle voûte à 4 pans, il recèle quand même quelques perles romanes. Comme le chapiteau où l'on voit Samson, tout sourire, terrasser un lion ...

 

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Entrons dans l'église, maintenant, par cette magnifique double-porte.

 

N'allez surtout pas croire que les murs sont tapissés de papier peint. Il faut toucher pour le croire, mais ces dessins très réguliers sont ceux (restaurés à l'identique) qui couvraient les murs au 15ème siècle. La peinture est apposée sur les murs enduits, mais pour les colonnes, c'est directement la pierre qui est peinte.

 

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Vous voyez que le haut des voûtes est gothique (après reconstruction) mais que sur la photo de droite, qui montre le fond de l'église, au-dessus de la porte (donc du nartex) les voûtes sont romanes.

D'un saut transportons-nous dans cette Salle Haute (on y entre normalement par le cloître). C'est la chapelle saint Michel, à la curieuse architecture. Comme la tour-clocher-porche n'a pas été démolie, du moins jusqu'à cet étage, elle a conservé ses 12 ouvertures romanes, dont 3 donnent sur la nef. Douze, chiffre symbolique, comme les 12 portes de la Jérusalem Céleste décrite par St Jean dans l'Apocalypse.

On peut admirer la prouesse technique de la mise en place d'une couverture de pierres aussi lourde !

 

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L'orgue que l'on voit de dos, côté soufflets, a été construit exactement selon un traité datant de 999. C'est donc ce genre d'instrument qui accompagnait les lithurgies autour de l'an mil. Il est joué par l'Ensemble Organum, en résidence à Moissac, lors des ateliers de musique ancienne.

 

J'ai entouré dans des bulles rouges les "marques de tâcherons" visibles sur cette photo.

On en voit un grand nombre dans cette chapelle.

 

Redescendons maintenant dans la nef de l'église.

 

On y trouve un mobilier Renaissance : retable et clôture du choeur, mais surtout un remarquable ensemble de statues polychromes du 15ème siècle, notamment : 

-   une piétat en pierre de 1476 

-   la fuite en Egypte, en bois

-   un beau Christ en bois, au visage apaisé, de l'époque romane (12ème)

Il y a aussi un très beau sarcophage en marbre des Pyrénées, réalisé au 7ème siècle.

 

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Mais surtout (le plus beau pour la fin), un remarquable ensemble en bois de noyer polychrome de la fin du 15ème : la mise au tombeau de Jésus. Joseph d'Arimatie et Nicodème déposent le corps du Christ dans un tombeau, tandis que Marie, sa mère est soutenue par Jean. Marie-Madeleine et Marie Salomé portent les aromates de l'embaument. La femme de gauche est une pleureuse.

Ce groupe est pour les historiens un vrai défilé de la mode du 15ème siècle, car les vêtements et accessoires y sont représentés avec une grande exactitude. 

 

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On a du mal à s'extraire de tant de beautés.

Et si j'ai été un peu longue, c'est que ces lieux sont vraiment extraordinaires !

 

 

 

 


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Published by scandinadream - dans En France
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commentaires

Maty 17/11/2014 11:27


Un bien joli article, bien documenté, pour une bien jolie ville c'est vrai.


La prochaine fois pense à visiter aussi Montauban, tu ne le regretteras pas! 


Bises


Matie (jumbo si tu préfères)

scandinadream 19/11/2014 17:55



En effet, ton site donne envie de visiter Montauban !


Je ne manquerai pas de m'y référer quand mes pas me porte ront par là ...


Bises. A +



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  • : passer du rêve à la réalité. J'ai commencé par 5 mois de voyage en solitaire, en Trafic aménagé, au hasard des routes d'Europe du Nord (pour mon premier voyage) puis d'Europe Centrale, et maintenant sur des itinéraires peu fréquentés d'Espagne.
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